Didier Decoin, un romancier contemporain, répond ainsi à an Toulat qui l'interroge sur le sujet :
- Priez-vous Marie avec le chapelet ?
- En toutes ses apparitions, elle a montré son estime pour cette prière. Pour moi, le chapelet est une fête. Beaucoup de catholiques l'ont délaissé, trouvant que c'est une prière de perroquet. Moi-même, au début, je comptabilisais d'interminables chaînes d'Ave vite bâclés, l'essentiel étant qu'il y en eût beaucoup. Je croyais Marie sensible à la grosseur du bouquet, alors que c'est la fraîcheur des fleurs qui la fait sourire. Loin d'être une prière infantile, le chapelet est une forme d'oraison très délicate, très complexe. Il me fait penser à l'ordinateur : tout dépend du programme qu'on y insère. Il n'y a rien à attendre sinon lassitude et dégoût d'un chapelet marmonné où le seul effort mental consiste à compter les petits grains et à se dire : plus que trois, plus que deux, plus qu'un. Ouf !...
Mais c'est un autre monde que celui du chapelet médité, où le récitant fait tourner la rosace des mystères de Marie. Ce chapelet-là n'est pas un chapelet par coeur, mais un chapelet de coeur à coeur. Il peut s'épanouir dans la contemplation. pas toujours, c'est même plutôt rare, mais il suffit d'une Joie pour comprendre à quel point il est inestimable.
Jean TOULAT, Les forces de la foi SOS, 1986, p. 36